Ma plus grande douleur sera de ne pas pouvoir te secourir

Nathalie HERMINE. Éditions Poisson Rouge.oi. Nouvelles. 2021. 9791090588301

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4ème de couverture
Quelle phrase énigmatique ! La plus grande de toutes les douleurs serait donc de ne pouvoir remédier à celle de l’autre, à celle d’un très proche même, et qui vous a meurtri… Dans cette citation d’Evariste de Parny, il s’agit d’une fille qui parle à sa mère, une mère qui vient de la vendre en esclavage.
Le ton de ces six nouvelles est ainsi donné, la douleur est toujours en fond de tableau, douleurs anciennes et présentes, mémoires blessées qui se reconnaissent, qui génèrent parfois des comportements étranges. La plupart de ces histoires ont l’île de La Réunion pour ancrage, plusieurs vont et viennent entre métropole et monde colonial.
Six nouvelles
100 francs CFA
Nadine revient chez sa mère dans les Hauts de La Réunion après six d’absence. Les sensations reviennent, les souvenirs remontent d’une époque où il fallait « trape la lune ek les dents », vivre l’infâme et malgré tout progresser.
De l’ordre s’il vous plait
Rejeton d’une double lignée coloniale de bâtisseurs d’industrie, finalement ruinés, Hadrien s’est faché avec sa mère. En visitant l’ancienne usine, il s’effondre en pleurs devant les injonctions de simples plaques d’émail, résurgences du monde disciplinaire qu’il a connu enfant. Parti à La Réunion en touriste, il trouve une île en ébullition et se laisse fasciner par la jeunesse insurgée.
Hébron
Une jeune femme musulmane originaire de La Réunion est Volontaire pour la paix à Hébron. Il s’agit de se tenir aux cotés des Palestiniens dans cette ville dont le centre est occupé par les colons israéliens. Au rythme des couvre-feux et des check-point, la peur s’installe, la volonté s’épuise.
Taque baro, Liline
Le vieux monsieur Moutou est aux urgences, il a attrapé le chikungunya lors d’une sortie dominicale. Déboussolés, les médecins entrouvrent la porte aux tisaneurs tandis que la gendarmerie fait la chasse à l’eau stagnante. Ce n’est certainement pas dans la cour des Moutou qu’ils vont en trouver. Et Micheline Moutou leur ferme la porte au nez. L’élégante Malbaraise qui règne sur le club de troisième âge vacille à l’annonce du décès de son mari, subitement cernée d’une nuée d’uniformes bleus.
Le verbe se fit chair
Une jeune archéologue intervient sur l’archéologie de l’esclavage colonial au musée du quai Branly. Elle introduit son propos par la chanson IX du recueil des Chansons madécasses. Émue, elle raconte comment le cyclone Gamède a exhumé des ossements humains près du cimetière marin de Saint-Paul et comment la vénération pour les morts trouble les fouilles archéologiques.
Ombres chinoises
Malia et Lou sont amies depuis le lycée, étudiantes en art, elles créent au gré des évènements. Du mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes à la prison Juliette Dodu de Saint-Denis de la Réunion, en passant par le festival Pan de mur de Roanne, elles poursuivent leurs projets. De rencontres en révélations l’oeuvre avance mais leur amitié se fracasse finalement sur la violence de la performance artistique.