— La Réunion (France)

Jean-Claude LEGROS

© Sébastien Marchal

Auteur
 legros.jean-claude@orange.fr

Jean-Claude Legros passe son enfance rue Malartic à Saint-Denis de La Réunion, à l’ombre du Jardin de l’État. Etudes secondaires au lycée Leconte de Lisle, puis études de lettres à la Sorbonne et de langue et civilisation de Madagascar aux langues orientales à Paris. Co-fondateur à Paris en 1960 de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion (UGECR) et de la revue Le rideau de cannes, il participe également à La Réunion aux travaux de la revue Réalités et perspectives réunionnaises.

Familier d’Henri Madoré, qui habitait également rue Malartic, il s’attache à sauvegarder la mémoire vivante du dernier chanteur des rues de La Réunion, réalisant à titre personnel en 1972 l’enregistrement live qui constitue l’essentiel du CD édité en 1997 par le Pôle régional des musiques actuelles (PRMA).

Animateur à l’ORTF à Paris de 1963 à 1965, puis sur Radio Saint-Denis de 1965 à 1968, Jean-Claude Legros oriente par la suite son parcours professionnel vers une société d’assurances mutuelles qui l’amène à travailler à Paris et dans l’outre-mer français, pour terminer sa carrière à La Réunion.

À la retraite, Jean-Claude Legros retrouve le chemin de l’université pour y reprendre ses études sur la langue malgache et la langue créole réunionnaise. C’est ainsi qu’il est amené, avec l’aide de l’association réunionnaise Miaro, à effectuer des recherches sur l’histoire de Ranavalona III, dernière reine de Madagascar. Il suit ainsi les traces de la reine depuis la résidence dionysienne où elle a passé les deux premières années de son exil, puis à Antananarivo, à Paris, Fontainebleau, Bordeaux, Arcachon, jusqu’au Centre des archives nationales de l’Outre-Mer (ANOM) à Aix-en-Provence.

Jean-Claude Legros participe aujourd’hui à différents travaux sur la langue créole réunionnaise et anime sur une radio privée une émission de jazz et de poésie Un témoin dans la ville, ainsi qu’une émission d’histoires, de contes et de légendes en créole réunionnais Navé inn fois.

Autres publications
Divers poèmes in :
Vers d’autres îles, UDIR, 2003
Rimeurs, slameurs et autres rencontres, UDIR, 2008
Les mots d’une île à l’autre, UDIR, 2018

France JOUSSEAUME

Auteure
 france.jousseaume@sfr.fr

Elle est née place du château à Saint-Germain-en-Laye. Cette ancienne cité de résidence des rois de France accueillit la naissance de nombreux personnages célèbres dont : Henri II, Marguerite de France, Charles IX, Louis XIV, Claude Debussy.
De là certainement un goût prononcé pour l’Histoire, grande ou petite.
Elle aborde l’île de La Réunion en 1975, y mène une longue carrière d’informaticienne, découvre tardivement les plaisirs de l’écriture.
L’inspiration lui vient des richesses de l’histoire tourmentée de l’île, de la découverte d’une nature luxuriante, de l’étude des traditions culturelles. La recherche d’anecdotes, d’historiettes, de témoignages la passionne. Créer puis animer des personnages est une réjouissance venue de l’enfance.
Ses nouvelles et textes courts surprennent et parfois étonnent : arbres et palmiers, bustes et statues peuvent à tout instant sous sa plume choisir de s’animer et vous chuchoter à l’oreille leur vérité, leur histoire, leurs aventures.
Cependant elle poursuit son chemin d’écriture, fiction et réalité mêlées.
En projet un roman historique. Au quotidien la participation à des lectures publiques de textes courts, scénettes et récits ainsi que la rédaction d’articles de revues dont Latania, revue semestrielle des amateurs de palmiers de La Réunion. (voir site internet et facebook « Palmeraie-Union »).

Prix et distinctions
2018 Prix Hemingway pour El Picador, nouvelle sélectionnée
2018 Sélection par Lettres de guerre (La Fonderie, Musée bruxellois des industries et du travail)
2016 Prix spécial de l’Office national des forêts pour Mon arbre Bois d’Eponge

Bernard LEVENEUR

Auteur
 bernard.leveneur@sfr.fr

Après une licence d’histoire et des études d’histoire de l’art à l’École du Louvre, Bernard Leveneur évolue depuis une trentaine d’années dans le milieu culturel à La Réunion.
Il se passionne pour l’histoire de son île et tout particulièrement pour celle de l’architecture créole. Commissaire d’expositions historiques sur le patrimoine réunionnais, Bernard Leveneur est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages historiques sur le patrimoine réunionnais principalement consacrés à l’architecture réunionnaise.
Après avoir collaboré à la conception et à la réalisation des salles historiques du Muséum Stella Matutina, il devient attaché de conservation du patrimoine (spécialité musées), chargé de gestion administrative de la cellule équipements culturels et patrimoine à la direction de la promotion culturelle et sportive du département de La Réunion. Puis, pendant deux ans, il est chargé de collections à la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) de la région Réunion.
Depuis 2008, il est le conservateur et directeur du Musée Léon Dierx. Il y organise des expositions sur le patrimoine artistique de ce musée et y reçoit des artistes contemporains. Il poursuit ses recherches sur l’architecture religieuse, les arts décoratifs et le mobilier créole, l’histoire de la photographie, l’histoire de l’art et des artistes à La Réunion.

Daniel VAXELAIRE

Auteur et journaliste

Daniel Vaxelaire est né près de Nancy, mais a passé sa petite enfance dans un village des Vosges cerné par les forêts, chez ses grands-parents. Ses premiers pas puis ses premiers tours de roue, à bicyclette, l’ont mené de ruisseaux en fourrés, ce qui explique peut-être la suite.
Ses premières années de lycée à Nancy lui font découvrir, entre visites de musées et vagabondages dans la capitale de la Lorraine, le patrimoine et l’histoire, la géologie, l’architecture. Et lui donnent envie d’aller plus loin.

A 14 ans, il file, les beaux dimanches, loin de la maison familiale près d’Epinal, explore la région de ruines en cascades, pousse jusqu’en Alsace (par les cols chers au Tour de France), revient avec des saucisses et du fromage, bref se muscle les cuisses, le goût et l’esprit. Les deux années suivantes, il va se faire un peu d’argent de poche en Allemagne où il travaille l’été en usine (moulage à la chaîne de vaisselle en porcelaine, réparation de moteurs électriques de machines à coudre…) et sur l’immense base OTAN de Ramstein (peintures et taches multiples, ice-creams monstrueux, yeux écarquillés sur les Ford Mustang des pilotes…)

Armé d’un bac « sciences expérimentales », étudiant en anglais à la fac de lettres de Nancy (« parce que cette langue vous ouvre le monde »), pion dans un lycée technique d’Epinal (« parce qu’il n’était pas question de rester à la charge de ses parents »), il consacre ses vacances d’été à arpenter la planète.
Première année : Suisse, Italie, Yougoslavie, Hongrie, Autriche, Yougoslavie à nouveau, Bulgarie, Turquie, Rhodes, la Crête, Santorin, Grèce continentale, Italie et retour. Deuxième année : à peu près le même chemin (sauf la boucle en Europe centrale), mais cette fois il pousse jusqu’en Syrie et au Liban, faisant le plein de sites historiques, de Mari à Palmyre, du Krak des Chevaliers à Baalbek. Précision : les deux fois, en solitaire et en auto-stop, avec un budget minimal, qui l’amène souvent à dormir en plein air et à apprendre, dans toutes les langues, les noms des plats qui remplissent au maximum l’estomac pour un minimum de dépense.

Amaigri, mais riche de ses expériences, il tente le sort au retour de son second périple et propose le récit de ses aventures au quotidien local, la Liberté de l’Est, ses lectures et promenades lui ayant donné envie de devenir journaliste. Le rédacteur en chef propose une embauche immédiate au jeune homme. Il hésite un peu : c’est nettement moins payé que la sinécure de pion, mais c’est un si beau métier…

C’est ainsi qu’il fait ses premières armes à la rédaction locale de Saint-Dié des Vosges. Coup de chance (sauf évidemment pour la victime), un crime, événement rarissime, attire l’attention du grand patron sur sa jeune recrue, qui a rondement traité l’affaire : voici le stagiaire Vaxelaire titularisé au bout de trois mois seulement de métier, chargé d’une agence toute neuve qui se crée à Vittel, ville choisie pour les entraînements de l’équipe de France d’athlétisme. Changement de monde : Vittel, c’est évidemment le thermalisme, avec sources, usine d’embouteillage, grands hôtels, théâtre, casino, vedettes de passage, mais aussi le sport. Interviews de Guy Drut ou de Marcel Amont, du champion de boxe Georges Carpentier ou de Serge Lama, de catcheurs ou de Romy Schneider, critiques de spectacles, résultats des courses hippiques, foot, rugby, course à pied ou lancer de marteau : le jeune « chef d’agence » de Vittel (il besogne seul, avec un correspondant à la retraite) noircit pages et pages pendant un an et demi.

Mais, en ces temps, existe encore le service militaire. Plus question de faire jouer un quelconque sursis, puisque l’étudiant est devenu journaliste professionnel. Il va donc falloir « y aller »…
« Le plus loin et le moins longtemps possible », suggère la future recrue au capitaine chargé de son incorporation. Pas d’école d’officiers de réserve, donc, ni de service de presse des Armées : ce sera, surprise, un poste de deuxième classe au service du Matériel et des Bâtiments, caserne Lambert, île de La Réunion. Comme secrétaire, « puisque sachant taper à la machine »…

La Réunion est une agréable découverte. Cerise sur le gâteau : le service en question commence ses journées très tôt, mais dispose de ses après-midis. Voici le 2e classe Vaxelaire qui oublie sa miraculeuse vocation pour le tambour (qui lui avait permis d’échapper aux fastidieux et répétitifs « Présentez armes ! », lors de ses « classes » à Montluçon)… ce qui lui permet d’aller se présenter au quotidien local, le Journal de l’Ile de La Réunion. Les essais sont concluants : voici apparaître un être hybride, soldat le matin, journaliste (en short kaki) l’après-midi. Et quand les onze mois de service sont terminés, c’est à La Réunion que Daniel Vaxelaire décide d’inscrire la suite de ses aventures.

Hélas, le Journal de l’Ile d’alors n’est pas un modèle d’ouverture. La Réunion vit encore dans un système politique qui voit le heurt brutal – parfois létal – entre le bloc communiste, piloté par Paul Vergès, et le bloc conservateur, « départementaliste », qui idolâtre Michel Debré. Dans ce contexte tendu, la nouvelle recrue s’égare parfois en des domaines interdits : non, on ne fait pas de compte-rendu des marches dans le feu, c’est pas chrétien, on ne parle pas non plus de contrôle des naissances, même si la population a doublé en vingt ans, c’est indécent, on ne transcrit pas le point de vue des étudiants qui ont manifesté, c’est révolutionnaire…

Au bout de quelques années de ce régime, l’envie d’informer un peu plus équitablement démange le jeune journaliste. C’est dire son enthousiasme quand le hasard lui fait rencontrer Maximin Chane Ki Chune, homme d’affaires, qui rêve lui aussi d’une presse un peu plus tolérante.
Il leur faudra deux ans pour mettre au point ce qui deviendra le Quotidien de La Réunion : technique moderne (les débuts de la composition informatisée, avec une impression rotative offset), équipe solide (rien que pour la rédaction, deux douzaines de journalistes, dont plus de la moitié sont affectés à la « locale », sous la férule de « Vax ») et surtout parole ouverte à tous, sans distinction de parti, de culture, de religion, de sexe… Deux ans durant lesquels Daniel Vaxelaire, qui a évidemment quitté le Journal de l’Ile, occupe sa plume, entre deux séances de travail avec le boss, à un bimestriel gratuit, le Consommateur.

Le Quotidien démarre en septembre 76 : immense fierté, grosse réussite (quelques beaux scoops, comme ce jour où la lave traverse le village de Piton Sainte-Rose : une carte des coulées, plusieurs pages spéciales dans le Quotidien, contre une unique photo, floue, « en face »…), mais aussi travail exténuant, et oppositions puissantes.
Le Journal de l’Ile s’est modernisé et consolidé lui aussi. Surtout, les forces conservatrices veulent tordre le cou à ce quotidien qui donne la parole aux « cocos » (ni plus ni moins qu’aux autres pourtant), et est donc par définition « antinational ». Pressions sur les annonceurs, sournoiseries des banques et manoeuvres diverses aboutissent, au bout de neuf mois seulement, à un ultimatum : l’entreprise est en difficulté financière et, loin de l’aider à passer ce mauvais cap – et préserver 120 emplois – les financiers exigent sa liquidation.

Un plan de redressement est ficelé en une nuit. Il prévoit de lourds dégraissages d’effectifs, dont la moitié de la rédaction. Daniel Vaxelaire devait prendre le poste de rédacteur en chef, mais il ne s’en sent pas la force : il s’inscrit dans le triste lot des « licenciés volontaires » (à une époque où, rappelons-le, il n’y a pas d’indemnité de chômage à La Réunion).
Cependant, le sacrifice de la moitié de la rédaction et d’une bonne partie du personnel technique ne suffit pas : le tribunal de commerce prononce quand même la liquidation du Quotidien. Commencent des semaines d’un bras de fer « historique » : le personnel, licenciés volontaires comme non licenciés, se mobilise pour occuper les locaux et publier des éditions « pirates », « Vax » fait appel à ses amis artistes pour organiser un énorme concert gratuit au Ritz, des T-shirts de protestation sont imprimés, une grande manifestation s’organise dans Saint-Denis… Et la justice craque : elle n’ose pas faire appliquer la liquidation, le Quotidien se remet à paraître, édition allégée, rédaction aussi, il finira par être autorisé à vivre normalement.

Passée cette crise, les partants peuvent donc enfin s’en aller. Pour Daniel Vaxelaire, c’est à nouveau « le plus loin possible » : le voici à Mayotte, pour une épopée maritime qui faillit tourner au naufrage, puis en Inde et à Ceylan, avec un ancien photographe du Quotidien. Il a quand même la présence d’esprit de passer un accord avec un ami journaliste… du JIR : il lui enverra des cartes postales régulièrement, signalant ses prochaines étapes, au cas où…

Heureuse inspiration. Après les Seychelles, Bombay, le Gujerat, le Rajasthan, Delhi, Agra, Bénarès, Calcutta, Pondichéry et quelques autres étapes, un télégramme l’attend en poste restante à l’ambassade de France à Colombo, Sri Lanka : un éditeur veut lancer une grosse collection historique à La Réunion et il cherche un journaliste expérimenté pour diriger l’équipe… Rentré par le premier avion, Daniel Vaxelaire embauche son copain photographe, et deux anciens naufragés volontaires du Quotidien : ce sera le Mémorial de La Réunion, sept volumes, 3572 pages en trois ans, un monument historique qui restera dans la mémoire de l’île, et celle de ses auteurs. Et le début d’une autre vie pour le rédacteur en chef…

Car le Mémorial de La Réunion, malgré l’abondance de ses rubriques, ne peut accorder à certains sujets toute la place dont ses rédacteurs aimeraient disposer. Ainsi le volume 1 ne dispose que d’une vingtaine de pages pour traiter la chasse aux noirs marrons, cette guerre civile qui a ensanglanté les Hauts de l’île de l’époque de Labourdonnais à la Révolution française, alors que des centaines de comptes-rendus sont conservés aux Archives. Daniel Vaxelaire se le jure : dès qu’il en aura l’opportunité, il consacrera un livre à ce thème. Document ou fiction, il ne sait pas encore.

Promesse tenue : le Mémorial bouclé, voici que notre homme se lance dans une triple vie. Il est revenu dans la presse pour devenir journaliste, puis rédacteur en chef de l’édition réunionnaise de Télé 7 Jours. Il est l’époux comblé de Patricia, une jolie mauricienne qui lui donnera deux fils et d’infinies joies. Et dans le temps qui lui reste entre travail et famille, généralement entre cinq et sept heures du matin, il noircit patiemment les pages, à la machine à écrire, de ce qui sera finalement un roman, Chasseur de Noirs. Ecrire, en ces années sans informatique, c’est taper, si possible en faisant le moins de fautes de frappe possible, relire, corriger à la main, puis retaper le tout au propre, cinq, dix fois, jusqu’à ce que l’auteur soit satisfait (ou épuisé)…

La chance s’en mêle. Gallimard avait refusé le manuscrit (mais le rééditera plus tard dans sa collection Folio, c’est dire si le sort est taquin), mais un historien de la Sorbonne s’intéresse au sujet, lit le texte, s’enthousiasme suffisamment pour le confier à des amis qui sont en train de lancer une maison d’édition : Chasseur de Noirs sera le deuxième titre publié par Lieu Commun, juste derrière un roman de Jacques Lanzmann. Beau voisinage.
La presse est abondante, louangeuse. L’heureux auteur ne s’en rend pas vraiment compte, ne recevant des louanges parisiennes qu’un écho amoindri et tardif : c’est loin, La Réunion. Voici qui l’encourage, cependant, à écrire une suite, L’affranchi, laquelle relate, cent ans après les péripéties du Chasseur de Noirs, la complexe quête de soi d’un jeune métis dans l’île Bourbon d’avant l’abolition. Succès à nouveau, donc il faudrait penser au troisième, mais sur quel thème ?

Un copain chercheur de trésors, le légendaire Bibique, suggère l’épopée de Libertalia, la république pirate de Madagascar. Mais un coup de théâtre vient bousculer le programme : les éditeurs du Mémorial sont au Maroc, voudraient y produire une encyclopédie thématique, à condition que Daniel vienne piloter le projet.
Après une intense réflexion – cinq minutes au moins – Patricia et Daniel acceptent. Les voici partis avec deux cantines, deux valises et un bébé vers un pays inconnu et trois ans d’une tâche exaltante et prenante : douze volumes, autant d’équipes et plus de 150 auteurs, dont il faut stimuler, discipliner, organiser la production, gérer l’illustration, les cartes géographiques, la maquette…

Comme à La Réunion, la petite machine à écrire portable crépite bien avant l’aube dans un appentis de la maison de Rabat (pour ne pas perturber le sommeil de la petite famille) et de ce labeur naîtront Les mutins de la liberté. Plus quelques productions annexes, car depuis quelques années, Daniel s’est aussi lancé dans le scénario d’une saga napoléonienne en BD, Les Fils de l’Aigle, dont le dessin est assuré par le talentueux Michel Faure. Hélas, les déplacements de l’un et de l’autre, à une époque où Internet n’existait pas, distendront les liens au bout de cinq albums : difficile de travailler en équipe quand on ne se voit jamais.

Les mutins de la liberté sont un troisième succès, salué par la presse de tous bords, droite et gauche trouvant leur bonheur dans l’audacieux projet des « Libertarii ». Le livre passera même à deux doigts du « gros best-seller », ce que l’auteur n’apprendra que quinze ans plus tard. Une chance peut-être : devenir un écrivain adulé par Paris aurait entraîné certaines contraintes (comme faire le beau devant les caméras) qui n’étaient vraiment pas la tasse de thé de Daniel.
La suite lui donnera raison : si Les mutins de la liberté ont été eux aussi édités par Lieu Commun, voici que la maison est rachetée par plus gros poisson, l’équipe est dispersée. Fin d’un contact amical et fructueux. Michel le Bris, auteur prolifique et créateur du festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo, n’abandonne pas le jeune auteur qu’il avait remarqué à la sortie des Mutins, le pilote pour son livre suivant vers une maison prestigieuse, Jean-Claude Lattès. C’est là que paraîtront les Chasseurs d’épices : lancement à Saint-Malo, palace, croisière sur la Rance, champagne et fruits de mer, Nicole Lattès reçoit comme une princesse.

Las, quand Vaxelaire met la dernière main à l’ouvrage suivant, Grand-Port, il est surpris de ne pas avoir de réponse de Lattès. Et pour cause : maison rachetée, patronne congédiée ! Le fidèle Le Bris mène son lointain ami (la famille, enrichie d’un fiston, est revenue à La Réunion, où Daniel est désormais directeur de la rédaction de deux magazines) chez Phébus, très belle maison d’édition spécialisée dans les récits de mer et d’aventure. A nouveau, presse élogieuse (« Choix » du Nouvel Obs, sélection pour le prix des lectrices de Elle, Figaro Magazine, somptueux cocktail au Lutecia…) et rêves d’avenir. Sauf que Phébus, à son tour, est racheté et son fondateur, Jean-Pierre Sicre, mis d’office à la retraite ! Ce sera alors Flammarion, pour les ouvrages suivants. Mais après ces péripéties à répétition, les liens se sont distendus : l’auteur ne va pas assez souvent montrer sa bobine dans le Quartier Latin. Il préfère la vie au soleil, dans la verdure et en famille, comprenne qui voudra.

Il va donc peu à peu se rabattre vers des productions d’intérêt plus local : documents historiques, guides touristiques, bandes dessinées à nouveau, théâtre, radio, documentaires télévisés et même de la chanson, des comédies musicales…
Il répète souvent qu’il n’y a pas une écriture noble, celle des romans, opposée à des écritures subalternes, que toutes les manières de conter une histoire sont bonnes, pourvu que le public visé y trouve du plaisir. Il a d’ailleurs beaucoup produit pour la jeunesse, avec une dizaine de titres publiés chez Castor, l’édition junior de Flammarion, plus de nombreux albums chez Orphie, éditeur bourguignon et ultramarin, qui a repris la réédition de tous les anciens ouvrages, ce qui fait que Vaxelaire est un des rares auteurs à voir la quasi totalité de son œuvre continuer à vivre… à commencer par Chasseur de Noirs, devenu une sorte de morceau de patrimoine, dont il est incapable de compter les éditions.

Il a fini par quitter la presse, le ton des magazines où il œuvrait ne correspondant plus guère à son idée du journalisme, a créé une petite entreprise de communication, qui lui a permis de participer, entre autres, à des projets multimédias : il faut être de son temps.

Il a légèrement levé le pied, ces dernières années, mais se lève toujours aux aurores, même si ce n’est pas tous les jours pour écrire. Sa machine ne fait plus de tintamarre – il s’est mis à l’informatique dès les premiers balbutiements de l’ordinateur – et il peut envoyer un manuscrit loin dans le monde d’un clic, au lieu d’aller quémander les bonnes grâces d’un passager à Gillot pour transporter deux kilos de paperasse, comme au bon vieux temps.

Sa plus grande surprise : de voir à quel point la bibliothèque qui rassemble ses travaux s’est remplie, sans qu’il s’en aperçoive vraiment. Sa plus grande fierté : d’avoir donné aux siens, sinon la fortune (ce métier n’enrichit vraiment pas son monde), de moins un peu de fantaisie. Sa meilleure récompense : le regard de Patricia. Sa plus grande ambition : donner un jour, à un lecteur (ou une lectrice) autant de plaisir qu’il en a eu quand, enfant, il s’embarquait, un jour de pluie, dans un grand roman…

Patricia et Daniel Vaxelaire

Prix et distinctions
2014 Légion d’honneur
2013 Prix de la BD de La Réunion pour Saint-Ange et Sitarane – Les buveurs de sang
2012 Prix Vanille – BD pour Saint-Ange et Sitarane – Les buveurs de sang
2012 Dauphin d’argent aux 3e Cannes Corporate Media & TV Awards pour le film Les années-lumière de La Réunion
2010 Prix du livre du livre du tourisme pour Encyclopédie du Littoral – Les rivages du Conservatoire
1999 Prix Amerigo Vespucci (Saint-Dié) pour En haut la liberté
1997 Grand Livre du Mois pour L’affranchi

Autres publications
Fiches Réunion, Daniel Vaxelaire, Orphie, 2012.
Série de 24 fiches documentaires de 8 pages sur La Réunion : 1 : Pitons, cirques et remparts, 2 : La cuisine créole, 3 : Petit vocabulaire créole, 4 : Les plus beaux poissons, 5 : Les maisons créoles, 6 : Le piton de la Fournaise, 7 : Fruits de La Réunion, 8 : Fleurs du jardin créole, 9 : Une montagne dans la mer (construction géologique), 10 : Au temps des pirates, 11 : Quelques plantes médicinales, 12 : Randonnées, 13 : Grandes dates de l’histoire, de la découverte au temps du café, 14 : Grandes dates de l’histoire, le temps de l’esclavage, 15 : Grandes dates de l’histoire, de 1848 à nos jours, 16 : La vanille, un miracle réunionnais, 17 : Les Réunionnais, d’où viennent-ils ?, 18 : Animaux de La Réunion, 19 : Les gouverneurs de La Réunion, de Regnault à Capagorry, 20 : Oiseaux de La Réunion, 21 : Cilaos, 22 : Mafate, 23 : Salazie, 24 : Les cyclones.
Mémoires de Saint-Denis, onze portraits de personnages historiques, Daniel Vaxelaire, Journées du Patrimoine, 2010.
Parc et caserne d’artillerie : DDE et RFO – St-Denis, Daniel Vaxelaire, Direction départementale de l’équipement de La Réunion. 2006.

Autres contributions
Roland Garros au Panthéon 2018. Eric BOULOGNE – Mario SERVIABLE. ARS Terres Créoles. 2018 (Préface de Daniel VAXELAIRE : Pourquoi peut-on admirer Garros ?)

Direction de collection
Roland Garros, l’embrasseur de nuages (1898-1918), à travers les cartes postales et les cartes-photos. Éric BOULOGNE. Orphie – Histoire. 2013. Beau livre. 9782877639033
Locomotive ! Le petit train de l’île de La Réunion. Éric BOULOGNE. Orphie – Histoire. 2012. Beau livre. 9789782877638235
L’île Bourbon, l’île de France et Madagascar – Recherches historiques 1880. Honoré LACAZE (Texte). Orphie – Les introuvables de l’océan Indien. Documentaire. 9782877634731
Matzingoro ou L’esclave Djioloff. André BERTHET. Orphie – Les introuvables de l’océan Indien. Roman. 2008 (1885). 9782877634342 (Préface de Daniel VAXELAIRE)
Rakoto, fils du zébu. Inre MICHELA. Orphie – Autour du monde jeunesse. Roman jeunesse. 2005. 9782877632607

Mady WOLFF

Auteure, comédienne et musicienne
 Site de Tikala
 cie.kelerile@gmail.com

Native de Saint-Paul, Mady Wolff effectue sa scolarité à La Réunion, puis en métropole. Diplômée en sciences sociales et sciences de l’éducation, elle enseigne en formation professionnelle auprès des jeunes. Passionnée par le patrimoine musical et les contes et légendes de La Réunion, elle écrit en bilingue (créole et français), met en scène et joue plusieurs pièces pour le théâtre :
en 2007 Kokolok in son, un histoire musicale de son île, en 2009 Le secret de Granmerkal, théâtre musical jeune public, en 2013 Chat Maron la disparu, théâtre jeune public, en 2016 Joseph ansanm Fifine, comédie musicale tout public.
En 2017 La clé enchantée est son premier album jeunesse conçu avec la collaboration des musiciens du groupe Diazote et de l’illustratrice Élodie Legros. Jeune Réunionnaise originaire des Trois-Bassins, Élodie Legros travaille dans la conception et la réalisation de films d’animations au Luxembourg.

La clé enchantée (résumé de l’album)
C’est un jour important. Ce soir, il y a une grande fête dans le quartier. Mirella et Simon vont danser le séga.
Mais au fait, le séga, il vient d’où, demande Mirella ? Pour trouver réponse à sa question, papa lui propose un livre. Un livre bien étrange, qui va lui ouvrir, ainsi qu’à son petit frère Simon, des portes enchanteresses !
Cet album s’adresse en particulier aux 06-12 ans. Les enfants pourront y découvrir différents styles musicaux qui se sont manifestés au cours du peuplement de l’île, jusqu’à l’avènement de notre séga réunionnais. Le conte est aussi dit sur le Cd intégré au livre et peut donc intéresser également les plus petits qui pourront écouter l’histoire, les chants et les musiques.

Manifestations
2018 Salon du livre de jeunesse de l’océan Indien (Saint-Leu)

Maiwenn VUITTENEZ

Illustratrice et auteure
 Blog Le fil bleu
 vuittenezmaiwenn@gmail.com

Née en 1977 à Besançon, Maiwenn Vuittenez a grandit à La Réunion. Elle a fait des études de lettres puis d’arts en métropole, pour devenir professeur d’arts plastiques et transmettre sa passion aux enfants, leur apprendre à rêver les yeux grands ouverts. Pour créer ses illustrations et ses contes, elle mélange peintures, crayons, pastels, encres, et joue avec le hasard… Elle ne sait jamais ce qui va surgir sur le moment : un grain de sable, une fenêtre, une baleine, une étoile, un nuage, un fragile mystère, peut être ? Un brin de poésie, ça c’est sûr !

Cultiver les p’tits bonheurs – © Maiwenn Vuittenez

Prix et distinctions
2017 Pré-sélection au concours international Illustrate (Portugal)
2013 Coup de cœur des lecteurs saint-paulois

Manifestations
2018 Festival Papangue (L’Entre-Deux)
2018 Salon du livre de jeunesse de l’océan Indien (Saint-Leu)
2016 Salon du livre de jeunesse de l’océan Indien (Le Port)
2011 Salon du livre de Paris